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Eglise catholique d'Afrique

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Actualité, homélie, prières par l'Abbé André Marie Kengne


Méditatons par étape sur le "Notre Père"

Publié par kilombo sur 15 Septembre 2009, 10:50am

Catégories : #kilombo

Notre Père

Alors, d’abord, ce mot « Père », en ce qui me concerne, eut, alors, une résonnance particulière qui tient à mon vécu d’adolescent. Peut-être ai-je dépassé, enfin, l’image du père géniteur et du père physique pour aller plus loin. Toutefois, ce mot « Père », pour moi, tout au long de cette nuit où je pleurai simplement de l’avoir répété, embrassant avec force mon oreiller où je m’enfouis pour fuir je ne sais quelle présence fortuite, ce mot-là, ayant une signification si vigoureuse à mon entendement, ne fut pas pour lui crier : « viens près de moi ! », non pas du tout.

Il s’agissait d’un autre Père, le seul, l’unique, l’incomparable, Celui dans lequel je voulus me confondre, fusionner, me dissoudre, enfin absous. Je compris, entre ses bras, que j’étais une partie du Tout. Ce qui est certain, c’est que, tout en demeurant moi, je ne me sentis plus tout à fait moi : je fus le fils du Père. Je compris rapidement, à cet instant, que le Père n’a rien de familial. Il n’est question ni d’un père, ni d’une mère : il ne s’agit pas de ma famille. Il y eut uniquement « notre Père », le nôtre, celui de nous tous, les humains, croyants ou incroyants.

Donc le mot « notre » eut autant d’importance que le mot « Père » : il en fut le complément. Je n’aurais pas dit « mon Père », pas davantage que « le Père », non, mais uniquement : « notre Père ». Il me fallut donc, à travers simplement la seule prononciation de son Nom, comprendre tout ce qu’il implique à la fois d’amour, d’attention, de préoccupation, de présence, de tendresse même, et d’éternité, et ceci dans le silence sidéral de Sa présence invisible. Il me fallut redorer mon blason et arrimer le pardon par delà la faute. Ce furent toutes ces notions, dont le Notre Père m’imprégna, qui me rassurèrent. Cela explique que si, subitement, je me remis à pleurer : ce fut de soulagement, de reconnaissance, de remerciement. Point de compassion, ici, mais le contentement de pouvoir me dire, enfin : « oui, c’est ainsi, tout est bien ». « Notre Père », je n’ai plus de questions à Te poser, je n’ai pas tant de soucis à me faire, c’est notre Père.

C’est ainsi. Je n’y peux rien changer. Je n’en suis pas la cause. Ce n’est pas moi qui l’imagine. Pas du tout : cela me vient naturellement, comme une chose à laquelle j’aurais dû penser beaucoup plus souvent, avec constance et délice. Ou, alors, ce n’est peut-être que rarement que ce « Notre Père », tout d’un coup, affirme Sa présence en soi, ne revêtant aucune forme, sinon par la diffusion d’une possession, un peu comme l’air que l’on respire et qui est toujours là, disponible et invisible. Oui, c’est cela, c’est l’air que je respire, Notre Père, me dis-je. Bien entendu ce Père, pour moi, ne fut représenté sous les aspects d’aucun personnage, barbu ou glabre, âgé ou jeune, ou même tel qu’on a l’habitude de l’imaginer, à travers les nuées, comme un grand-père attentif à la totalité de sa création. Non, je trouve cela dérisoire, enfantin, juste valable pour illustrer des contes. C’est avec un étonnement identique que, dans une église, j’observe ces représentations qui traitent des deux Testaments pour les illustrer. Je conçois que ce fut une façon de parler de Dieu.

Mais ne risque-t-on pas, avec des représentations aussi simplistes, de nuire à une plus saine idée de Dieu pour les hommes d’aujourd’hui ? Ne risque-t-on pas de confondre son apparence avec sa raison d’être, édulcorant ainsi le sentiment de sa présence, plus celle d’un Père, me semble-t-il, que d’un monarque ? Je reconnais là une difficulté, propre aux religions comme aux spiritualités ritualisées, quelles qu’elles soient, d’abandonner les premières apparences qui furent, à l’origine, nécessaires pour transmettre la réalité spirituelle. Elles doivent se libérer des manifestations, des représentations, des rites antiques. Il leur faudra choisir des allégories nouvelles pour rendre compte de dieu, de la spiritualité auprès des générations à venir. Les « produits » spirituels doivent évoluer comme les autres. Quoi qu’il en soit, ce Père, est-ce uniquement Dieu ?

N’est-ce pas plutôt l’univers, les univers ? Ou un concept immatériel, non point philosophique, mais exclusivement spirituel, c’est-à-dire n’ayant ni apparence ni substance. Une essence éthérée ? Je ne peux répondre, ni choisir. Je pense, je crois même que sa définition n’existe pas : il ne figure dans les dictionnaires qu’au même titre que n’importe quel mot. Dieu ou le spirituel est essentiellement dans mon cœur, dans ma vie, dans mon esprit, en moi. Je n’en sais pas plus, sinon que j’aime Le prier pour m’apaiser. Un peu comme je prendrais de l’opium pour enluminer mes visions… Ce qui n’est qu’une image. Oui, Dieu est une image intouchable, une consolation toujours à portée de prières.

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